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Après un passage à Paris aux Beaux-Arts et la découverte d’Uccello au Louvre, il fait, en 1959, la rencontre importante de Simon Hantaï. Il voit également la même année la peinture américaine, surtout Sam Francis, Rothko et Pollock. Il entre ensuite à la galerie Clivages, expose régulièrement à la FIAC, en France et à l’étranger..
Formes découpées, assemblées, lignes tracées : la ligne et la couleur, toujours en relation avec le blanc du papier ou de la toile, dans l’espace du tableau ou à l’échelle de l’architecture, font émerger des combinaisons complexes, vivantes, «émotionnellement chargées» qui ne sont pas sans interroger le travail d’Henri Matisse. Janos Ber développe aussi un travail autour de la peinture murale. Il a engagé de fructueuses collaborations avec l’architecte Henri Gaudin à Vincennes et, pour «l’Art dans les Chapelles», avec Olivier Delavallade. L’idée d’une exposition commune entre le Musée départemental Matisse et le Centre Pierre Tal Coat – Conseil général du Morbihan – s’est imposée. Chaque lieu offre une approche particulière, librement définie, dans un cheminement non chronologique, permettant une multiplicité de lectures. De quoi réjouir Janos Ber qui définit ainsi son travail : «C’est un jeu, la peinture ; mais un jeu qui s’identifie à la vie. Je peins la vie, ce qui m’en est perceptible. Je joue pleinement le jeu de la peinture.»
PRÉSENTATION DE L’EXPOSITION
Une exposition commune Faire face est une exposition conjointement organisée par le musée départemental Matisse au Cateau-Cambrésis et le Centre Pierre Tal Coat – Domaine départemental de Kerguéhennec dans le Morbihan autour de l’œuvre de Janos Ber. Cette coopération s’établit autour d’une démarche originale, un parti- pris qui consiste à proposer dans les deux lieux une lecture singulière du travail de Janos Ber, chacun conservant liberté et autonomie quant à l’approche de l’œuvre de l’artiste. De fait, si les périodes et les thèmes exposés sont globalement les mêmes, les angles de lecture diffèrent, ouvrant ainsi le champ des interprétations et des possibles. Une démarche en accord avec les principes de Janos Ber : «La peinture {…} je la veux parlante au plus grand nombre, mais cela à force de subjectivité.» Une introspection
«Descendre» donc pour retrouver les origines de son désir de créer, ses sources profondes d’inspiration. Le visiteur est ainsi invité à entamer une espèce de démarche archéologique dans une «stratigraphie picturale» qui remonte aux origines de l’Homme. Pour Janos Ber, la préhistoire s’érige en effet comme référence incontournable, le paléolithique et la grotte de Pech-Merle en tout premier lieu. «Dans l’Art pariétal rien n’est raconté ni explicité clairement, tout paraît symbolique et codé» écrit Henry de Lumley sur Pech-Merle. Janos Ber considère que «le dessin pur de la frise noire {…} est comme un dessin au fusain», et que le dessinateur, tout en utilisant l’accident naturel comme forme, a intégré l’importance de la notion de vide… tout comme Matisse lorsqu’il dessinait le vide entre la feuille et l’arbre. Janos Ber pose ainsi le problème de l’espace, de la surface que viennent «animer» des lignes. Ces lignes, il les veut colorées, faisant apparaître des forces qui sous-tendent le visible. «Quand la ligne disparaît, à quel moment une surface naît-elle ?» s’interroge Kandinsky. C’est dans un autre lieu, le Cairn de Gavrinis, érigé au néolithique, que Janos Ber va chercher une réponse. «Ce sont des courbes, des lignes droites, brisées, tracées et combinées de cent manières différentes. Parmi une multitude de traits on en distingue un petit nombre que leur régularité et leur disposition singulière pourraient faire ressembler à des caractères d’écriture» décrivait Prosper Mérimée lors d’une visite à Gavrinis. Mais ce n’est pas un alphabet que cherche à rédiger Janos Ber avec ses lignes, il ne cherche pas à être descriptif ou figuratif. Il comprend les lignes de force qui sous-tendent une œuvre et en maîtrise la composition après six mois passés à copier, au Louvre, La bataille de San Romano d’Uccello. Il pense que «le moment de la ligne est celui d’avant l’invention de l’écriture, et, aussi d’avant la représentation, pourtant déjà celui de l’intelligible». Il n’a pas à inventer un prétexte pictural, il n’a qu’à «animer» le blanc avec de la couleur et créer un climat propice. Pour ce faire, il va commencer un travail inspiré de la démarche de Matisse qui voulait que sa peinture soit comme un «bon fauteuil». Comme lui, il va découper des lés de papiers préalablement peints, les assembler et les coller. Vers les années 2000, il parvient à un «nouveau langage». Pierre Kahn l’a invité à la Société de psychanalyse freudienne, Freud qui écrivait à Fliesse «je travaille sur l’hypothèse que notre mécanisme psychique s’est établi par stratification : les matériaux présents sous forme de traces mnésiques subissent de temps en temps, en fonction de nouvelles conditions, une réorganisation, une réinscription». Janos Ber va donc désormais directement déposer «de la couleur avec un trait, dans un trait, dans une trace» pour que «la couleur coïncide avec le dessin». Dans un premier temps, ils’inscrit pleinement dans le dilemme matissien du rapport entre la couleur et le dessin, ses traits nese croisent pas et parcourent l’espace dans une stricte planéité. Puis il va s’en libérer, dépassant leprincipe de Kandinsky qui veut que «Chaque sorte de ligne a besoin de moyens propres à sa réalisation». Désormais les lignes se croisent, introduisent des notions de profondeur, engendrentdes structures rythmiques évocatrices de mouvements, provoquent la naissance de gammes, deportées où chaque couleur devient note. Dans cette effervescence, Janos Ber se trouve, s’accomplit, semble s’apaiser, même si desfractures - révélatrices «des insuffisances de l’être» selon le mot de Nicolas Bouvier – divisenttoujours la toile et que le noir corsète les couleurs. «Le choix de mes couleurs ne repose sur aucun thème scientifique : il est basé sur l’observation, sur le sentiment, sur l’expérience de ma sensibilité» écrivait Matisse, voilà une clef pour ouvrir la porte de l’introspection et entrer dansl’univers de Janos Ber. Visible et tangible
En acceptant l’invitation du musée départemental Matisse, Janos Ber lui permet de remplir une deses missions primordiales : donner à voir au plus large public l’Art Contemporain car, comme ill’écrit : «J’ai toujours désiré me retrouver dans une chaîne de transmission. Mais l’art de notre temps n’offre pas volontiers ça. Il faut l’arracher de force».
Collaborations, Commissaires et Catalogue
Collaborations Musée départemental Matisse du Cateau-Cambrésis (Nord) Centre Pierre Tal Coat – Domaine départemental de Kerguéhennec (Morbihan) Commissaires - Patrice DEPARPE : conservateur adjoint/ musée départemental Matisse Catalogue & film Format 220 x 280 cm -112 pages, 120 illustrations, Textes de François Barré, Henri Gaudin, Olivier Kaeppelin - Coproduction d’un film de 52 mn réalisé par Illés Sarkantyu
Informations pratiques
Musée départemental Matisse Horaires Tarifs Gratuité : pour les moins de 18 ans, les bénéficiaires de la CMU, de la carte COTOREP, les Catésiens, les étudiants en art. Gratuit tous les 1er dimanches de chaque mois, Journées du Patrimoine. Accès
Donation d’une œuvre de Simon Hantaï au musée départemental Matisse - Le Cateau-Cambrésis
Donnée par Jean-Marie Bonnet en hommage à Jean Fournier
C’est à la suite de ses deux visites de l’exposition Ils ont regardé Matisse organisée par le musée Matisse de mars àjuin 2009, que Jean-Marie Bonnet, directeur de la galerie Jean-Fournier, a pris la décision d’offrir au musée cette œuvre deSimon Hantaï.L’exposition présentait, de manière totalement inédite, desœuvres d’artistes français et américains réalisées entre 1948et 1968 en regard d’œuvres de Matisse. L’un des momentsclefs du parcours était la présence de grandes toilesmonumentales de Simon Hantaï intitulées les Mariales,emblématiques du regard simultané que Hantaï portait surMatisse et la peinture américaine. Les Mariales ont étémontrées pour la première fois en 1962 puis en 1963 et 1964 àla galerie Kléber à Paris dirigée alors par Jean Fournier. Parson rapport au matériau et au monumental qui instaure undialogue entre l’espace de l’œuvre et celui du spectateur,Simon Hantaï a permis aux peintres des générations suivantesl’assimilation de l’œuvre de Matisse au travers de l’influence dela peinture américaine. La galerie Jean-Fournier à Paris sera le lieu catalyseur de cettetransmission par la présence d’artistes français et américainstous emprunts d’une grande admiration pour l’œuvre deMatisse, vue comme source incontestée de l’abstractionpicturale après 1945. Hantaï et Fournier vont entretenir toute leur vie une relation forte qui donnera le ton de la galerie selon les mots de Dominique Fourcade : après-matisse-après- Fragment d’un mur de 24 mètres L’œuvre de Simon Hantaï que Jean-Marie Bonnet a choisi d’offrir au musée est atypique dans la production de l’artiste puisqu’elle résulte d’une commande publique ayant nécessité une technique particulière, la sérigraphie. Simon Hantaï a travaillé à la réalisation d’un mur de 24 mètres de long sur 3 mètres de haut pour le lycée Technique Henri Matisse de Trappes à la demande de l’architecte, Pierre Vago. Simon Hantaï a d’abord réalisé une trentaine de toiles dans le courant de l’été 1969 dont 3 aux dimensions requises. La technique employée pour les toiles est simple : la toile est pliée, peinte sur les parties convexes des plis puis dépliée. Le pliage et le dépliage produisent un réseau dessiné dans la couleur. Confondus au support lui-même, le dessin et la couleur s’unissent dans un même espace. Certaines de ces toiles ont été présentées en avril 1970 au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, sous le titre «Etudes pour un mur» et des essais de plaques ont été accrochés au musée des Arts décoratifs avec la complicité de François Mathey, alors directeur. Cet accrochage a sans doute permis à Simon Hantaï de se rendre compte de l’échelle et de régler certains détails techniques. Sérigraphie sur tôle émaillée Ce «mur – écran» destiné à être posé à l’extérieur du collège de Trappes nécessitait un traitement particulier pour résister aux intempéries. Simon Hantaï a donc choisi le procédé de la sérigraphie sur tôle émaillée, bleu outremer sur fond blanc. Ce principe est similaire à celui qu’il adoptera en 1977 pour son plus grand ensemble décoratif réalisé dans le cadre d’une commande de l’entreprise Renault à Rueil–Malmaison pour quatre murs, deux pour le restaurant d’entreprise au premier étage et deux pour la cafétéria au rez-dechaussée. Hantaï va utiliser la sérigraphie à plusieurs reprises pour des affiches, des couvertures de catalogues jusqu’à des immenses tirages numériques pour l’exposition Les Fables du Lieu au Fresnoy (Tourcoing) dont le commissariat avait été confié à Georges Didi-Huberman en 2001. Une plaque de la collection personnelle de Jean Fournier Ebloui par les panneaux de Trappes, Jean Fournier a demandé à Simon Hantaï de réaliser une plaque supplémentaire pour sa collection personnelle. Cette œuvre est restée dans le jardin de sa propriété de Limours. Avec cette commande, Simon Hantaï aborde les questions du monumental et du décoratif. Comment inscrire une œuvre dans un lieu spécifique et fonctionnel ? Comment rester fidèle à un langage personnel tout en s’adaptant aux contraintes du lieu ? Autant de questions posées et résolues maintes fois – et différemment – par Matisse lors de commandes monumentales : les panneaux de La Danse et de La Musique de Stschoukine en 1909 ; La Danse de Barnes en 1933 ; La Chapelle de Vence inaugurée en juin 1951. Cette donation s’inscrit parfaitement dans les collections du musée départemental Matisse et plus largement au cœur de son projet scientifique et culturel puisque le musée conserve d’importantes œuvres monumentales qui questionnent la présence de l’œuvre d’art dans l’espace public ou privé : la salle à manger de Tériade décorée par Matisse ou encore le vitrail Joie d’Herbin. L’œuvre est destinée à trouver sa place sur le mur du Palais Fénelon, côté Parc Fénelon quand le parc sera remis en état. Elle est d’abord installée sur la façade côté cour, dans la perspective de la Grande Femme de Giacometti, donnée par Alice Tériade. Faire coïncider la présentation de l’œuvre offerte avec le vernissage de l’exposition «Faire Face» de Janos Ber relève de la logique tant Simon Hantaï a eu une influence sur le travail et les questionnements de son ami et compatriote
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